Emotions, étiquette
19 - Alcool, Tabac, et monsieur Tsuda
20 - Katsugen et affectivité
21 - Monsieur Tsuda et les enfants
22 - Monsieur Tsuda et les émotions
23 - Théâtre No et respect du Maître
24 - Les enfants et les chiens

19 - Alcool, Tabac, et monsieur Tsuda

Mais pourquoi monsieur Tsuda lui-même buvait-il et fumait-il ? J'oserai émettre quelques hypothèses, qui n'engagent que moi :

D'abord par anti-conformisme, en opposition à l'image du maître parfait que nous aurions pu nous faire de lui. Il se présentait à nous comme un être ordinaire, avec ses défauts et ses excès.

Je pense qu'il a été notre maître parfait, parce qu'il s'est montré dans ses imperfections, ce qui nous a permis de nous détacher de lui, et même quelquefois de le rejeter, et ainsi de prendre notre propre autonomie.

Ensuite, et çela c'est ma propre explication psychologique, parce qu'il n'exprimait pas ses sentiments. Comme je l'explique plus bas, il avait le plus grand mépris pour tout ce qui était expression de l'émotion.

Cela nous impressionnait beaucoup, peut-être étions nous des faibles, ou alors n'étions nous allés pas suffisamment loin, comme lui, dans l'évolution spirituelle et dans le "Ki".

Avec le recul, je pense qu'au contraire c'était là son point faible. Tout être qui n'exprime pas ses sentiments compense dans l'alcool, le tabac, la bouffe (peut-être aussi la drogue, mais je n'en ai pas l'expérience).

20 - Katsugen et affectivité

A cette époque, je croyais que le Katsugen pouvait tout régler, même les problèmes affectifs.

Or, le jour où je me suis mis dans une telle colère contre mon amie, qu'elle a fui en pleine nuit en se sauvant par la fenêtre du 1er étage avec ses deux enfants, en descendant à l'aide d'un drap noué à l'appui de la fenêtre, ce jour là je me suis rendu compte qu'une longue pratique du Katsugen n'avait rien réglé pour moi sur le plan affectif, et qu'il fallait que je complète par autre chose.

C'est alors que j'ai repris la Gestalt-Thérapie avec Serge Marland.

Tsuda n'avait jamais fait ce genre de démarche, trop occidentale à son goût. Il restait, sur le plan de l'expression émotive, prisonnier de sa culture, bien qu'il s'en démarqua sur d'autres plans.

21 - Monsieur Tsuda et les enfants

Comme pour les femmes, Tsuda avait une haute estime des enfants.

Les premières années, rue des Epinettes à St Maurice, les mères pouvaient amener leur enfant avec elles à la séance, et ceux-ci pouvaient courir librement et jouer entre les pratiquants, cela était toléré par Tsuda, donc par tous les autres.

J'y ai souvent amené mon fils Christophe, qui avait 4 ou 5 ans, et qui après avoir couru entre les groupes, tombait endormi sur le sol.

Une fois il s'est même endormi sur le seuil de la porte, et tout le monde, amusé, à la fin de la séance, a été obligé de l'enjamber pour sortir.

Mais quand madame Tsuda est arrivée, cela a changé.

Rue d'Avron, dans le 12e, à la nouvelle association "Ecole de la Respiration", il n'y avait plus d'enfants aux séances.

22 - Monsieur Tsuda et les émotions

Il n'y avait plus place non plus pour les manifestations émotives. C'était considéré comme du théâtre.

J'ai été frappé du fait que, après que Tsuda ait manifesté sa désapprobation en séance à une jeune femme en pleurs (ce qu'il n'avait jamais fait auparavant, il était toujours resté neutre devant toute manifestation quelle qu'elle soit, même bruyante et agitée) tout le monde soit en même temps devenu silencieux, et que depuis les séances soient restées ainsi, très silencieuses et concentrées.

Je savais que Tsuda n'appréciait pas beaucoup l'expression émotive.

Il considérait cela comme superficiel. Il avait assez tendance à se moquer de l'affectivité, à l'attachement entre les personnes, où il voyait la co-dépendance.

Mais comment voyait-il son propre couple ? Il se comportait devant sa femme comme un petit toutou.

23 - Théâtre No et respect du Maître

Souvent, en fin de séance, il faisait une récitation "No" (théâtre traditionnel japonais).

En fin de séance, on est détendu, et, selon les indications même de Tsuda, allongé par terre, pour bien se faire pénétrer de l'effet du Katsugen.

Et c'était un grand plaisir, complètement abandonné, de se laisser vibrer et dériver au son de la voix profonde, grave, intérieure, riche d'émotion et de passion condensées, modulées au rythme du texte.

Madame Tsuda arrivée, plus question de se laisser aller ainsi, il fallait de la tenue, il nous fallait nous lever, nous asseoir en Seisa, et écouter avec respect le Maître.

Jusque là, Tsuda n'avait jamais voulu qu'on l'appelle "Maître". Il était très simple et modeste. C'est pour ça qu'on l'appelait directement "Tsuda", comme je l'ai souvent fait dans ce texte, sans autre forme. A la rigueur, il acceptait qu'on l'appelle "Monsieur" Tsuda, comme je l'ai fait quelquefois ici.

24 - Les enfants et les chiens

Il y eut à cette époque un stage d'été à Balleroy, petite ville de Normandie où Marianne Dubois avait une résidence secondaire.

J'y avais amené ma dernière fille Tania, qui devait avoir aussi dans les 4 ans. Elle s'était bien intégrée dans le groupe et s'intéressait au Katsugen.

Elle pratiquait très sérieusement, sans jouer, comme les adultes, et s'était fait une copine adulte, Jeanne. Elles s'étaient choisies mutuellement comme partenaires, et j'en étais très heureux.

La séance était commencée, j'étais avec mon propre partenaire, et je vois arriver ma petite fille en pleurs, m'expliquant que madame Tsuda ne voulait pas qu'elle pratique avec Jeanne, qu'il fallait que ce soit avec moi.

Je lui dis qu'elle était libre de pratiquer avec qui elle voulait et qu'elle pouvait retourner avec Jeanne. Elle repartit donc avec la partenaire qu'elle s'était choisie.

Mais le lendemain, Tsuda fit une annonce : Les enfants n'étaient plus acceptés sur le tatami.

J'appris par Marianne que c'était suite à l'intervention de sa femme, qui n'avait pas accepté d'être désobéie la veille.

Je devins fou furieux. Je clamai partout que, puisqu'on n'acceptait pas les enfants, pourquoi acceptait-on les chiens ? En effet, le basset de la présidente était libre de circuler à sa guise entre les groupes pendant les séances ; valait-il mieux qu'un enfant ?

Marianne me raconta que le soir il y eut une grosse discussion entre elle, son mari et les Tsuda.

Et le lendemain, Tsuda fit une nouvelle annonce : Les enfants et les chiens étaient acceptés sous la responsabilité de leurs parents et de leurs propriétaires.

Cela ne changeait rien à la situation antérieure, je m'étais toujours senti responsable de ma fille, mais de toute façon pour elle, c'était trop tard, le mal était fait : Après cette histoire, elle ne voulait plus remettre les pieds dans le dojo, et elle n'a plus jamais fait de Katsugen jusqu'à tout récemment, 30 ans plus tard.

Et depuis, j'en veux toujours aussi fort à madame Tsuda, et à lui je lui reproche de s'être conduit comme une carpette devant elle.