Itsuo Tsuda
au "Courrier du Livre",
éditions Trédaniel
1- Le Non Faire
2 - La Voie du Dépouillement
3 - La Science du Particulier
4 - Un
5 - Le Dialogue du Silence
6 - Le Triangle Instable
7 - Même si je ne pense pas, je suis
8 - La Voie des dieux
9 - Face à la Science
Thérèse Bertherat
et Carol Bernstein
Je n'ai pas pratiqué
l'anti-gymnastique, parce que je pratiquais déjà le
Katsugen et l'Aikido, qui vont dans le même sens.
Je cite de livre, parce que j'adhère complètement à ces
idées, que je trouve très bien exposées.
Editions du Seuil
"Le corps a
ses raisons"
Auto-guérison et anti-gymnastique
Votre corps, cette maison que vous n'habitez pas.
En ce moment, à l'endroit même où vous vous trouvez, il y a
une maison qui porte votre nom.
Vous en êtes l'unique propriétaire, mais, il y a très
longtemps, vous en avez perdu les cléfs.
Ainsi, vous restez dehors, ne connaissant que la façade.
Vous ne l'habitez pas.
Cette maison, abri de vos souvenirs les plus enfouis,
refoulés, c'est votre corps.
"Si les murs pouvaient entendre..." Dans la maison de votre
corps, ils peuvent.
Ces murs qui ont tout entendu et rien oublié, ce sont vos
muscles.
Dans les raideurs, les crispations, dans les faiblesses et
dans kes douleurs des muscles de votre dos, de votre cou,
de vos jambes, de vos bras, de votre diaphragme, de votre
coeur, et aussi de votre visage et de votre sexe se révèle
toute votre histoire, de la naissance jusqu'aujourd'hui.
Sans même vous en rendre compte, depuis les premiers mois
de votre vie vous avez réagi à des pressions familiales,
sociales, morales.
"Tiens toi comme ceci, comme celà. Ne touche pas. Ne te
touche pas. sois sage. Défends-toi donc. va vite. où vas-tu
si vite ?...?"
Confus, vous vous êtes p^lié comme vous avez pu.
Pour vous conformer, vous vous êtes déformé.
A votre vrai corps, naturellement harmonieux, dynamique,
joyeux, s'est substitué un corps étranger que vous acceptez
mal, qu'au fond de vous-mêmes, vous rejetez.
c'est la vie, dites-vous, on n'y peut rien.
Je vous réponds que si, que vous pouvez faire quelque
chose, et que vous seul pouvez faire quelque chose. Il
n'est pas trop tard.
Il n'est jamais trop tard pour vous libèrer de la
programmation de votre passé, pour prendre en charge
vous-même votre corps, pour découvrir des possibilités
encore insoupçonnées.
Etre, c'est ne jamais cesser de naître.
Mais combien d'entre nous se laissent mourir un peu chaque
jour, s'intégrant si bien aux structures de la vie
contemporaine qu'ils perdent leur vie en se perdant de vue
?
Notre santé, notre bien-être, notre sécurité, nos plaisirs,
nous en laissons la charge aux médecins, aux psychiatres,
aux architectes, aux politiciens, aux patrons, à nos époux,
à nos amants, à nos enfants.
Nous confions la responsabilité de nos vies, de nos corps,
aux autres, parfois à ceux qui ne réclament pas cette
responsabilité et s'en trouvent accablés, et souvent à ceux
qui font partie des Institutions dont le premier but est de
nous rassurer, donc de nous réprimer.
(....)
En renonçant à notre autonomie, nous abdiquons notre
souveraineté individuelle.
Nous appartenons aux pouvoirs, aux êtres qui nous ont
récupérés.
Si nous revendiquons tant la liberté, c'est que nous nous
sentons esclaves ; et les plus lucides d'entre nous se
reconnaissent comme des esclaves-complices.
Mais comment en serait-il autrement puisque nous ne sommes
même pas maîtres de notre première maison, de la maison de
notre corps ?
Pourtant il vous est possible de retrouver les clefs de
votre corps, d'en prendre possession, l'habiter enfin et y
trouver la vitalité, la santé, l'autonomie qui vous sont
propres.
Mais comment ? Certainement pas en considérant votre corps
comme une machine forcément défectueuse et qui vous
encombre, comme une machine en pièces détachées dont
chacune( tête, dos, pieds, nerfs...) doit être confiée à un
spécialiste dont vous acceptez aveuglément l'autorité et le
verdict.
Certainement pas en vous contentant de vous étiqueter une
fois pour toutes "nerveux", '"insomniaque", "constipé", ou
"fragile".
Et certainement pas en essayant de vous fortifier par la
gymnastique qui n'est que le dressage forcé du
corps-viande, du corps considéré comme inintelligent, comme
une bête à discipliner.
(...)
Notre corps est nous-mêmes. Il est notre seule réalité
saisissable.
Il ne s'oppose pas à notre intelligence, à nos sentiments à
notre âme. Il les inclut et les abrite.
Ainsi, prendre conscience de son corps, c'est se donner
accès à son être tout entier....
Car corps et esprit, psychique et physique, et même force
et faiblesse, représentent non pas la dualité de l'être,
mais son unité.
Dans ce livre je vous ferai part des interrogations et des
méthodes naturelles de ceux qui considèrent que le corps
est une unité indissoluble.
Je vous proposerai aussi des mouvements qui n'abêtissent
pas mais, au contraire, développent l'intelligence
musculaire et exigent, à priori, la perspicacité de ceux
qui les pratiquent.
Ces mouvements ont leur origine à l'intérieur de votre
corps ; ils ne sont pas imposés de l'extérieur. Ils n'ont
rien de mystique ou de mystérieux.
Leur but n'est pas de vous faire échapper de votre corps,
mais d'éviter que votre corps continue à vous échapper, et
votre vie avec.